Vous trouverez ci-après la liste des caves et domaines de Vingrau mais en préambule, voici la copie d’un article très bien écrit par Michel Smith, un passionné qui publie sur le site Les 5 du Vin et qui était venu flâner et déguster de caves en caves, lors de la journée Viens à Vingrau

Patrimoine viticole: Vingrau, Mais quel cirque !

Trou de mémoire passager : comment dit-on déjà beau en langue catalane. Ne cherchez pas ! Je l’ai fait dans la foulée et simple comme bonjour, c’est bella. Et grandiose ? Simple aussi : grandios avec un accent aigu sur le « o » que je n’arrive jamais à placer. Mais lorsque l’on se veut arpenteur de vignobles comme moi, comment dire beau en catalan – ou en occitan d’ailleurs – en y ajoutant une forte intonation vineuse ? Là, j’ai la réponse sur le bout de la langue puisqu’il suffit de dire Vingrau ! Pas uniquement parce qu’il y a du « vin » dans ce mot, mais aussi « grau », gradi en latin, pour grade ou marche. En effet, la légende dit que pour accéder à ce cirque majestueux, il fallait, une fois tourné le dos à la côte, grimper les vingt grades (vingrau) du Pas de l’Escala, le col qui permet de dévaler en boucles jusque sur le village de Vingrau blotti juste en contre-bas. Plus de marches à gravir de nos jours, juste une belle route goudronnée qui serpente dans la garrigue allant jusqu’à ce panorama spectaculaire bordé de falaises dont l’à-pic est devenu la coqueluche des grimpeurs du monde entier. Il y a longtemps, dans les années 1988 je crois bien, lorsque j’ai été confronté pour la première fois à la beauté du lieu en montant par le camp de Rivesaltes et la pinède de Montpins, je fus littéralement espanté comme on dit à quelques kilomètres d’ici, de l’autre côté de la frontière invisible qui sépare les PO de l’Aude. « Putain, c’est grandiose ! » me suis-je esclaffé alors.

À chaque fois que je repasse le col de l’Escala, c’est la même sensation d’émerveillement. Pourtant, ce ne sont pas les sites viticoles qui manquent par ici : TautavelCucugnanMauryLa Tour de France, la route de la corniche au dessus de Banyuls et de Collioure, celle qui va de Calce à Estagel… on ne sait plus où donner des yeux ! Lors de ma dernière balade dans le village de Vingrau où plusieurs caves ouvraient leurs portes à la manière de ce qui se fait à Calce et dans tant d’autres villages, je me suis arrêté à la Cave coopérative, aujourd’hui mariée à celle de Tautavel. J’y ai goûté mon vin favori, Le Cirque, un Côtes Catalanes bouché vis qui ne coûte que 5 €. En blanc (Grenache gris, mais il existe aussi un Muscat), c’est pas mal du tout, en rosé aussi, tandis qu’en rouge 2014 (Grenache noir, Syrah, Carignan), j’ai retrouvé le petit vin de grillades que j’aime tant.

Au bout du village, chez Hervé Bizeul, j’ai été agréablement surpris par la droiture et la densité du rouge Côtes du Roussillon Villages Vieilles Vignes 2012 (25 €). Dans le même millésime et la même appellation, un Clos des Fées savoureux et très discrètement boisé, fort long en bouche (50 €), vinifié en partie en demi-muids de 500 litres et élevé en barriques neuves, révèle la quintessence d’un travail d’assemblage équilibré, là aussi à partir de vieilles vignes qui ne manquent pas dans ces anciennes Corbières du Roussillon.

À côté, au Domaine de L’EdreJacques Castany et son épouse m’ont présenté leur Villages 2012 Carrément rouge d’une densité et d’une fraîcheur assez bluffantes (14,50 €). Un tour rapide au Domaine de L’Éléphant, chez Renaud Chastagnol, ainsi qu’au minuscule et nouveau Domaine du Bac (à suivre) où j’ai pu goûter quelques beaux vins : un rouge 2011 assez tannique et long pour le premier (45 €) et un superbe Côtes du Roussillon blanc 2013 pour le second (12 €). Enfin, je n’ai pu résister à me lancer sur le petit chemin qui conduit chez Alain Razungles, éminent professeur à Sup Agro (Montpellier).

Tout en enseignant, Alain ne s’est jamais séparé du Domaine des Chênes créé par ses parents. Il y vinifie des blancs extraordinaires au point que ceux-ci représentent près de la moitié de ses ventes, ce qui est assez unique dans le Roussillon. J’aime particulièrement l’IGP Côtes Catalanes Les Olivettes 2011 associant les macabeu au muscat d’Alexandrie : ample, gras, c’est un vin jouissif, bien structuré qui procure beaucoup de plaisir à l’apéritif et qui tiendra volontiers quelques années de plus. Je n’ai pas noté les prix, mais ils sont raisonnables et ne dépassent pas 10 €, départ cave bien entendu. Dans la même trempe, le Côtes du Roussillon Les Sorbiers 2012 et Les Magdaléniens 2011, laissent plus de place à la barrique ainsi qu’au Grenache blanc et au Macabeu. Ce sont des vins de pur plaisir.

Dans la série des rouges, j’ai un faible pour le Villages 2011 Les Grands Mères. Mais j’en reparlerai un jour dans ma rubrique du Dimanche car le vin est pour l’essentiel composé de Carignan. Le Tautavel (un VillagesLe Mascarou 2011, Syrah, Grenache et Carignan noirs chacun présent au tiers, élevage en barriques anciennes, jouit d’un nez porté sur la finesse. Il réserve beaucoup de volume et de chaleur en bouche, est armé de beaux tannins et d’une remarquable longueur et peut encore tenir 5 à 10 ans (autour de 12 €). Le Tautavel La Carissa 2007, Grenache et Syrah en majorité, complétés par le Carignan et le Mourvèdre avec un élevage en barriques au quart neuves, a conservé lui aussi un nez magnifique, en plus de notes très concentrées (torréfaction), épicées et chaleureuses, sans oublier une grande longueur (près de 20 €).

À noter qu’il y a dans ce domaine de 38 ha encore vendangé à la main et qui continue de livrer 30 % de sa production (jeunes vignes) à la coopérative locale, de fort belles affaires à réaliser en matière de Vins Doux Naturels dont un Rivesaltes ambré d’anthologie, sans parler d’un renversant Côtes Catalanes Rancio sec L’Oublié 1999, issu d’un Macabeu élevé sous voile en barriques durant 7 ans. Un vin d’une profondeur inouïe doté d’une belle mais forte amertume évoquant le rance de la noix verte. Cela faisait 10 ans au moins, depuis mon travail préparatoire pour mon livre Les Grands Crus du Languedoc et du Roussillon paru en 2005, que je n’avais exploré ce domaine exemplaire qui, non content de développer une gamme assez complète démontrant la spécificité de ce cirque naturel tapissé de vignes pour beaucoup très âgées, va chercher à maintenir haut le culte de la tradition qu’offrent les VDN. À commencer par le Muscat de Rivesaltes que j’avais oublié de recommander. Un vin représentatif de ce terroir argilo-calcaire largement recouvert de cailloutis et de galets roulés par endroits. Bien à l’écart du cirque de Vingrau, à 300 mètres d’altitude parmi les grès de la garrigue, Alain Razungles entretient aussi quelques parcelles qui donnent des vin de belle tenue.

D’un côté les Corbières, de l’autre le Roussillon.

Ainsi va le Roussillon, d’un pas sûr. Comme TresserreCassagnesSaint-Paul-de-FenouilletCalceMontner ou Latour-de-France, d’autres encore, Vingrau, petit à petit, rejoint la palette des villages vignerons. Ils l’étaient déjà du temps où la Maison Byrrh recherchait les degrés élevés du Grenache, mais ils le sont bien plus maintenant qu’ils vinifient et qu’ils mettent en bouteilles.

Tenez, à force de rêvasser, j’ai oublié le plus fameux d’entre tous, Jean Gardiès, le plus talentueux aussi peut-être. Le gars est de Vingrau, mais pour une raison qui lui appartient, il n’exposait pas ses vins en cette fin Juin où le village ouvrait ses caves à grands renforts de flonflons et de guirlandes. Ce sera l’occasion pour moi d’aller lui rendre une visite plus approfondie une fois qu’il se sera tiré de ses vendanges. En attendant, si vous ne savez que faire ce week-end, prenez donc rendez-vous avec Alain Razungles ! Vous ne serez pas déçus du voyage et il vous indiquera même l’ancienne voie romaine qui traverse le vignoble près de chez lui. Ou, en longeant le Verdouble vers Tautavel et l’antichambre des Corbières, allez découvrir à la Caune de l’Arago, la grotte du plus vieil européen, à Tautavel, en même temps que la plus vieille incisive de France !

Quel cirque ce Roussillon !

Michel Smith